À la rencontre de...

WAX part à la rencontre d'une personnalité, du passé, du présent, et du futur aussi.

Le combat de Simon Wain-Hobson : Mission impossible 2 (bis)

Simon Wain-Hobson est Tom Cruise dans M.I. 2, mais cette fois ci, ce n'est pas un film !

C’est peut-être l’équivalent de l’invention de la bombe atomique : un virus de la grippe surpuissant vient d’être créé par une équipe de chercheurs chinois, mais aucune législation ne permet à ce jour d’encadrer ce type de recherche dangereuse en virologie.

Le risque ? Une pandémie (épidémie à l’échelle mondiale) impossible à maîtriser et probablement jusqu’à un milliard de victimes potentielles. Ce risque, seule une poignée de chercheurs occidentaux essaye aujourd’hui de le prévenir. WAX a interviewé l’un de ces chercheurs, Simon Wain-Hobson.

Simon Wain-Hobson a fait sa thèse à l’Université d’Oxford. Depuis 1980 il travaille au sein de l’Institut Pasteur en tant que virologue (le scientifique qui travaille sur les virus). Il a d’abord étudié longtemps le virus du SIDA, avant de se tourner vers une autre maladie virale : la grippe.

Il y a plusieurs sortes de virus grippaux : vous en connaissez certains, comme le virus de la grippe aviaire, H5N1, et son charmant cousin H1N1, la grippe que l’on se passe allègrement dans le métro chaque hiver et qui nous cloue une semaine au lit avec 40° de température… Eh bien des chercheurs chinois, sous la direction du professeur Chen Hualan, viennent de donner naissance à un « supervirus » de la grippe, parfaite combinaisons des deux.

 

Le supervirus, késako ?

Le virus de la grippe aviaire, H5N1 de son petit nom, est mortel pour l’homme. Cependant, comme son nom l’indique, on ne peut l’attraper que par les volatiles, ou si vous préférez, il n’est pas transmissible d’homme à homme.

H1N1, lui, n’est généralement pas mortel pour l’Homme. En revanche, il se transmet d’homme à homme très facilement.

La combinaison des deux devient donc très mortelle et très facilement transmissible d’homme à homme ! Et comme les virus de la grippe sont particulièrement doués pour ‘muter’ très rapidement, il est quasiment impossible de trouver un vaccin valable.

 

Le combat de Simon Wain-Hobson

Alors pourquoi créer un tel virus ? C’est là que les choses se compliquent… Il existe en effet de nombreux lobbys en médecine, dans notre cas, des gens qui veulent garder le monopole sur un champ de recherche scientifique, et qui se font ainsi BEAUCOUP d’argent !

Or, un certain monsieur à la tête d’un des lobbys de la grippe a passé cette commande au laboratoire chinois en se disant que, si l’on parvenait à trouver un vaccin contre un supervirus, les gens seraient prêts à tout pour se le procurer. Pour ceux qui ont vu Mission Impossible 2, c’est la même histoire : on créée une menace, et le remède qui va avec, et on fait payer très cher ce remède. Sauf qu’Ethan Hunt avait un remède à disposition dans le film porté à l’écran par Tom Cruise. Dans notre cas, le vaccin n’existe pas encore et si le virus s’échappe du labo chinois, on risque plusieurs millions de morts, voire des milliards. Surtout que la Chine se trouve à une latitude (aux alentours des tropiques) où la grippe ne respecte aucun rythme saisonnier, à cause de l’humidité.

SWH lobby

 

 

Imaginez un peu le scandale ! Pas de vaccin, pas de législation internationale sur ces pratiques dangereuses, et ça ne choque apparemment personne pour l’instant. Personne, sauf quelques chercheurs qui ont organisé l’année dernière un colloque sur le sujet à Londres, sans résultats. Le pouvoir de l’argent dans cette histoire serait-il plus grand que celui de la simple sagesse ? Sans compter les envies de la Chine, pays où la grippe aviaire a déjà fait 24 morts, de dépasser les pays européens en matière de virologie.

Les universités et instituts de recherche européens ont, elles, beaucoup d’avance sur ces questions, et ils connaissent les risques liés à l’étude des virus. D’ailleurs, c’est ce qui leur vaut parfois les huées d’autres contrées scientifiques, accusant les Européens d’appliquer trop à la va-vite le fameux principe de précaution.

Des comités commencent à se réunir pour discuter des mesures urgentes à prendre, notamment en Suisse et en Allemagne.En France, les politiques ne s’intéressent pas à la question, malgré les nombreux avertissements de Simon Wain-Hobson. Le chercheur, interviewé par téléphone, nous a fait part de son amertume : « Dans des domaines comme la génétique, il y a eu, au tout début, des réunions et des conseils de bio-éthique. Mais aujourd’hui, les scientifiques sont de moins en moins responsables individuellement. Il y a trop d’argent en jeu, et tous les scientifiques dans ces laboratoires sont débordés de travail et totalement dépendants de ces ressources financières. Il y a très peu de gens qui prennent le temps et ont la chance de rencontrer des politiques ou des institutions internationales, pour essayer de faire bouger les choses. L’inertie des autorités politiques et institutionnelles en France est complètement décourageante. »

Heureusement pour nous, Simon Wain-Hobson ne compte pas s’arrêter là. Il a publié récemment un article dans la célèbre publication scientifique américaine Nature (mars 2013) et cet été son témoignage est dans La Recherche (juillet-août 2013). Il est actuellement en voyage pour prendre la parole dans les comités concernés : « On va finir par arriver à un consensus », dit-il, « espérons juste que les Etats n’attendent pas qu’il y ait mort d’homme pour réagir ».

SWH et député

Simon Wain-Hobson (à droite) montre à Michel Barnier, député européen en visite à l’Institut Pasteur, la direction à suivre ! (Source : http://ec.europa.eu)

Simon Wain-Hobson est lui aussi convaincu que la vie n’est pas un film, que, tout seul, même Tom Cruise serait impuissant, et que c’est tous ensemble que nous arriverons à limiter les dérives de certains monopoles.