À la rencontre de...

WAX part à la rencontre d'une personnalité, du passé, du présent, et du futur aussi.

Ces ingénieurs qui travaillent en ONG

Ils sont peu nombreux à avoir choisi cette voie et pourtant les ingénieur-e-s sont bien présent-e-s au sein des Organisations Non Gouvernementales. Vous avez probablement déjà entendu dire qu’il n’y a pas de profil type ni de parcours précis pour se retrouver dans l’humanitaire. Alors pourquoi pas des ingénieurs ?

Ingénieur = entreprise ?

 

Il n’y a probablement rien de plus abstrait que le métier d’ingénieur-e. Difficile de savoir à  quoi il correspond, tant les secteurs et les postes possibles sont multiples. On peut ainsi être ingénieur-e en construisant un pont, en contrôlant la qualité d’un vaccin ou encore en gérant la chaîne de production de yaourts par exemple.

 

Mais cela est déjà restreindre l’ingénierie à l’industrie… En effet, on y pense moins, mais les ingénieur-e-s peuvent aussi faire le choix de travailler dans des structures à but non lucratif telles que les ONG. Pour peu qu’ils aient des compétences dans un domaine lié à l’aide au développement (actions humanitaires de long terme visant à permettre le développement d’un pays tiers) bien sûr. Prenons deux exemples : un-e ingénieur-e en génie civil permettra la construction d’infrastructures manquantes sur le terrain tandis qu’un-e agronome sera à même d’optimiser les sols et le rendu des cultures.

 

Reste un petit bémol : qui dit ingénieur-e, dit la plupart du temps profil généraliste, or ce qui intéresse actuellement les ONG ce sont plutôt des spécialistes ayant des compétences bien précises. L’ingénierie n’est donc pas forcément la voie royale pour faire de l’humanitaire à moins d’être dans une école très spécialisée. Un-e ingénieur-e en biotechnologie ayant des compétences généralistes en agronomie et en santé ne sera ainsi pas forcément avantagé face à un agronome ou à un médecin.

 

Qui arrivera le premier ? Flickr : copsadmirer@yahoo.es

Qui arrivera le premier ?
Flickr : copsadmirer@yahoo.es

 

Comment y arriver alors ? Probablement en avançant l’argument suivant : sans être forcément le meilleur expert sur le terrain, un-e ingénieur-e généraliste peut apporter, en plus de ses compétences scientifiques, des capacités d’organisation et de gestion. Car savoir manager des équipes est tout de même une composante importante de son métier.

 

Une vie pas comme les autres…

 

Mettre ses compétences au service d’une bonne cause, voilà de quoi rentrer satisfait chez soi après une journée de travail. Pourtant peu nombreux sont les ingénieur-es à avoir fait ce choix. Alors qu’est-ce qui les retient ?

 

Tout d’abord, des contraintes.

Et bien plus qu’on y songe à première vue. Car toute carrière en humanitaire débute par une expatriation de plusieurs années. Et pas forcément dans les coins les plus sympathiques de notre globe : l’expatrié doit être prêt à connaître l’isolement, un climat difficile, l’insécurité parfois et des conditions de vie précaires. Bref, l’humanitaire ce n’est pas un milieu facile.

 

Il va peut-être falloir oublié la bière  aussi! Flickr : Tony Aubry

Il va peut-être falloir oublié la bière aussi!
Flickr : Tony Aubry

 

Des sacrifices ensuite.

Délaisser le monde de l’entreprise au profit d’une ONG, c’est renoncer à un certain niveau de vie et à des évolutions de carrière rapides. Les postes au siège de l’ONG ne sont par exemple accessibles qu’après plusieurs années d’expériences et souvent réservés à des personnes au profil moins scientifique, ayant plutôt des compétences relevant de la gestion et de la coordination. Il est néanmoins possible d’évoluer d’une certaine façon en changeant d’ONG, de thématiques ou encore en passant du poste de coordinateur technique (expertise) à celui de coordinateur général (gestion de projets).

Et puis délaisser le monde de l’entreprise au profit d’une ONG est souvent un signe de non-retour. Car, comme le résume Camille Schreiber, ancienne expatriée chez Action Contre la Faim, « on ne s’engage pas et on ne quitte pas l’humanitaire comme pour n’importe quel autre secteur… ». En France en particulier, l’humanitaire n’est pas encore perçu comme un secteur économique mais comme une expérience plutôt. Travailler en ONG, bien que riche personnellement, est ainsi parfois difficile à valoriser d’un point de vue professionnel, n‘étant pas reconnu comme une plus-value par les recruteurs.

 

Attention à ne pas se faire piéger ! Flickr :  Philippe Rouzet

Attention à ne pas se faire piéger !
Flickr : Philippe Rouzet

 

Vous voilà peut-être un peu refroidi maintenant. Pour autant certains n’ont pas baissé les bras, comme en témoigne Estelle Raynal ayant travaillé chez Action Contre la Faim, dans le secteur de la sécurité alimentaire…

 

« Ma motivation pour travailler dans l’humanitaire relevait du militantisme. Pour moi il s’agissait de contribuer à autre chose que seulement gagner de l’argent, j’avais envie de tenter d’améliorer un peu les choses… Car lors d’une mission on peut vraiment sauver des vies, faire évoluer certaines situations. Évidemment, il y a des contraintes politiques, sécuritaires, culturelles et privées qui limitent parfois ces actions mais je retiens également la richesse intellectuelle qu’apporte une telle expérience : on apprend beaucoup sur soi et sur les autres, on rencontre des personnes extrêmement diverses. Indéniablement, cela a changé ma façon de penser et d’agir.»

 

Voilà de quoi faire réfléchir. Peu importe son parcours académique, la première question à se poser pour faire de l’humanitaire est peut-être : mes convictions sont-elles suffisamment ancrées pour que je sois capable de vivre ma passion au-delà des contraintes ?

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