Carton rouge écarlate

Quand on aime pas, on devient rouge écarlate et on le dit!

Frelon asiatique, ragondin et cie : bienvenue chez les envahisseurs

Toute biodiversité n'est pas bonne à prendre. Surtout celle qui a tendance à détruire les autres. Je parle bien entendu des espèces invasives, ces espèces étrangères introduites en France, de manière volontaire ou non, qui menacent aujourd'hui nos écosystèmes en les envahissant au détriment des autochtones.

Les espèces invasives : des organismes étranges venus de lointaines contrées. Leur destination : la France. Leur but : en faire leur écosystème. L’Inventaire national du patrimoine naturel dénombrait 111 d’entre elles en 2013. Plus d’une centaine d’espèces animales ou végétales qui, si rien n’est fait pour les combattre, ont le potentiel de prendre le contrôle de tout le territoire…

Ralliés à cette cause conquérante, parmi les plus célèbres, nous pouvons citer le frelon asiatique. Il s’est introduit en France en 2004 grâce à l’irrésistible passion de ses habitants pour les poteries chinoises. Comme pour d’autres avant lui, le frelon est resté dissimulé dans les oeuvres chinoises le temps de passer nos lignes de défense et… Bim ! Colonisation éclaire du milieu, la Blitz Siedlung.

Les ailes de la Mort

Tout a commencé dans le Lot-et-Garonne, puis les autres départements sont tombés : 13 en 2006, 32 en 2009… Entre 2004 et 2012, le frelon asiatique a pris le contrôle de 57 départements au total, à raison de 60 km par an. Sa tactique est simple : « Je suis plus gros et plus fort que les gens du coin, et en plus personne ne me mange. » Dans l’état actuel des choses, les écosystèmes français ne sont pas prêts pour combattre. Pas de prédateur, des proies incapables de se défendre, la voie est libre !

"L'heure est venue mes frères..." (Anti Frelon Asiatique)

« L’heure est venue mes frères… » (Anti Frelon Asiatique)

Et cet envahisseur est également plutôt bon en multiplication. A la fin de chaque été, une ruche de frelons contient en général 550 femelles reproductrices. C’est-à-dire 550 futures reines, avec chacune sa colonie de 2000 nouveaux frelons. Heureusement, l’hiver tue près de 95 % d’entre elles. Le froid est notre dernière ligne de défense, ne vous en plaignez plus jamais.

Ces insectes laissent malheureusement mort et désolation dans leur sillage. Friands de fruits, ils provoquent des ravages dans les cultures maraîchères. Mais ce sont les civils qui trinquent le plus : insectes en tous genres, particulièrement des abeilles domestiques, sont massacrés et dévorés par les commandos de frelons. Au point de déséquilibrer la biodiversité locale, certaines espèces disparaissant au profit du frelon.

Une abeille ne fait clairement pas le poids... (Icko Apiculture)

Une abeille ne fait clairement pas le poids… (Icko Apiculture)

La Das Ragondin, à l’assaut de nos précieuses berges

Les unités aériennes peuvent bien entendu compter sur un soutien terrestre, amphibie même ! Une autre espèce devenue invasive en France a elle pris pour cible les cours d’eau : le ragondin, ce surprenant mélange entre un castor et un rat égout. Après un premier raid manqué entre 1882 et 1914, le rongeur amphibie s’est installé durablement à partir de 1929, quand de nombreux individus élevés pour leur fourrure ont été relâchés car l’industrie textile s’écroulait. Il n’a plus eu qu’à profiter de sa chance.

Venu d’Amérique où il était la proie des pumas et des caïmans, le « castor des marais » a trouvé en France un écosystème totalement dépourvu de grands prédateurs, terrestres comme aquatique… Une aubaine là encore ! A raison d’une quinzaine de petits par femelles, sexuellement matures à 6 mois, les ragondins n’ont eu aucun mal à coloniser tout le pays. Ou presque. Seules les régions montagneuses leur résistent, à cause des températures trop rigoureuses qui y règnent. Sauvés par le froid, encore !

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C’était trop demandé que d’être envahi par un truc un poil plus mignon ? (Wikimedia)

Les ragondins ne commettent pas d’atrocités, ils sont plutôt dans la destruction tactique. Leur cible : les berges de nos cours d’eau ! Ils aiment creuser des galeries, beaucoup de galeries. Ce qui a tendance à faire effondrer les berges. S’en suit un envasement de milieu aquatique, voire l’effondrement de constructions humaines. Fins stratèges que les ragondins. La guerre biologique ne leur fait pas non plus peur, étant donné qu’ils peuvent porter la leptospirose, une infection pouvant atteindre gravement vos reins.

A quand la contre-attaque ?

Nous l’avons vu, rien ne semble stopper les envahisseurs, ou espèces invasives. Un écosystème peut rapidement être déséquilibré par l’introduction d’une espèce étrangère. Si les ressources locales sont facilement utilisables, en écrasant la concurrence, une population se développe rapidement. Dans son milieu d’origine, celle-ci est habituellement contrôlée par un prédateur naturel, mais si ce n’est pa le cas dans son nouveau chez-soi… « Paf, ça fait des chocapics« , selon les experts.

Aussi, la seule arme qui peut être déployée, c’est un contrôle raisonné des populations. Par le piégeage, puis l’abattage par exemple. Ou l’arrachage s’il s’agit d’espèces végétales invasives. Notre défense, nous l’avons vu, c’est le climat. Le froid tient en respect toutes les espèces venues de pays tropicaux. Néanmoins, vous savez sans doute que cette muraille là est sur le point de s’écrouler. Avec l’augmentation des températures moyennes de ces dernières années, on a déjà observé l’avancée des colonies de ragondins un peu plus en altitude…

"Nous ne retiendrons pas les ragondins encore bien longtemps Sire." (Giphy)

« Nous ne retiendrons pas les ragondins encore bien longtemps Sire. » (Giphy)

La guerre n’est pas encore perdue, même si la balance ne penche clairement pas du bon côté. Si voulez participez vous aussi à la mobilisation, rien de plus simple : réduisez votre bilan carbone, luttez en faveur d’un utilisation raisonnée des ressources terrestres, puis explosez des ragondins à coup de pelle.

Il est peut-être notre dernier espoir. (Gaizka Iroz/AFP)

Il est peut-être notre dernier espoir. (Gaizka Iroz/AFP)

 

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