À la rencontre de...

WAX part à la rencontre d'une personnalité, du passé, du présent, et du futur aussi.

J’ai eu le frisson !

Chaque année depuis 3 ans, le prix Sanofi-Institut Pasteur soutient “quatre travaux de recherche innovants susceptibles d’apporter un réel progrès dans les sciences du vivant ”. Les lauréats ont reçu leurs prix le 13 novembre dernier, et Wax a eu la chance de participer à la présentation des travaux de M. Etienne Pays, lauréat de la catégorie recherche senior pour ses travaux majeurs sur les maladies trypanosomiques.

Pendant près d’une heure, le chercheur venu de Belgique à partagé avec un enthousiasme incroyable sa fascination pour ce parasite à l’origine de la maladie du sommeil qui menace près de 70 millions de personnes en Afrique. “Je vais faire un effort maximal pour être compréhensible” nous a-t-il dit en introduction, puis “mais dès que je parle de trypanosome (un petit parasite unicellulaire qui peut entre autres causer la maladie du sommeil), j’ai tendance à m’emporter!”

En effet, pour lui, le trypanosome est un organisme modèle, et même, “ le parasite ultime ». La raison de cet engouement ? Le trypanosome est une sorte de super mutant qui peut modifier à l’infini les caractéristiques de ses antigènes, ces molécules étrangères à l’organisme qui apparaissent lors d’une contamination, afin que l’organisme ne puissent les identifier et fabriquer les anticorps pour le détruire. C’est pourquoi le chercheur parle de “course à l’armement moléculaire entre le trypanosome et l’organisme”.

Après de longues années de recherche, M. Pays et son équipe sont parvenus à trouver une toxine, l’ApoL1, permettant de combattre le trypanosome ainsi que la clé empêchant ce dernier d’y résister. C’est une découverte très importante, car si la maladie du sommeil est maintenant à peu près contrôlée chez les humains, elle sévit toujours fortement chez les mammifères et est, selon le lauréat, le seul responsable du fait qu’il n’est pas possible d’élever du bétail dans le centre de l’Afrique.

Mais ne nous réjouissons pas trop vite, car l’OMS considère pour l’instant les vaccins trop chers (environ un dollar chacun) pour pouvoir envisager de les développer… La bonne nouvelle, c’est qu’au cours de leurs recherches, les chercheurs se sont rendus compte que l’ApoL1, le héros de notre lutte contre le trypanosome, serait également responsable de maladie affectant les reins… Paradoxalement, M. Pays appelle maintenant le trypanosome à la rescousse et cherche à lui permettre de déclencher ses mécanismes contre l’Apol1 et ainsi à trouver une solution aux maladies rénales !

Après la présentation, nous sommes parvenues à nous faufiler à travers les petits fours pour poser quelques questions « WAX » au lauréat, qui s’est prêté à l’exercice avec plaisir :

 

Etienne Pays : Bonjour, je m’appelle Etienne Pays, je suis professeur de parasitologie moléculaire à l’Université Libre de Bruxelles, et mon thème de recherche favori est le trypanosome Africain, un parasite qui provoque la maladie du sommeil.

 

Wax : Pouvez-vous nous résumer vos recherches en une phrase ?

E.P. : Mes recherches portent sur les adaptations mutuelles qui se sont produites entre l’homme et le trypanosome Africain. Le trypanosome est un petit organisme primitif qui provoque des maladies importantes en Afrique.

 

Wax : Pourquoi ces recherches sont-elles importantes ?

E.P. : Elles m’ont amusé personnellement, mais je ne sais pas si on peut dire qu’elles sont importantes ! Ce sont des recherches de nature très fondamentales, mais qui ont quand même des débouchés sur des traitements de maladies liées à des problèmes importants pour le continent Africain. Donc c’est réjouissant de savoir que ce n’est pas juste de la recherche fondamentale mais qu’elles auront peut-être des retombées utiles pour la société.

 

Wax : Qu’est-ce qui vous a donné envie d’être chercheur?

E.P. : Je vais vous surprendre, mais depuis que je suis tout petit je suis obsédé par le sens de la vie. A partir de là je me suis progressivement intéressé à l’origine de la vie et au mécanisme de l’évolution. J’ai été tout particulièrement impressionné par la capacité d’adaptation des êtres vivants au milieu qui les entoure, et le fait que cette adaptation se retrouve dans les séquences ADN. C’est d’ailleurs un processus qui n’a toujours pas été expliqué ! C’est donc ça qui m’a poussé à faire de la recherche, bien que très vite mes ambitions se sont ramenées à des niveaux plus modestes.

 

Wax : Quel est votre parcours ?

E.P. : J’ai fait des études de biologie à l’université, puis j’ai fait de la recherche, et je m’amuse à faire de la recherche depuis, c’est aussi simple que ça. Oui, faire de la recherche, c’est amusant, à la fois en terme de but poursuivi mais aussi parce qu’on est continuellement en contact avec des jeunes, et croyez-moi il n’y a pas beaucoup de métiers qui offrent cette opportunité ! J’ai donc eu une belle vie de découvertes et d’amusement; ce n’est pas vraiment un métier de faire de la recherche, c’est un mode de vie.

 

Wax : Quel est le meilleur et le pire souvenir que vous gardez de vos études?

E.P. : Ce que j’ai le moins aimé pendant mes études étaient les cours fastidieux de zoologie où il fallait discriminer les espèces de mouches en fonction du nombre de poils sur les pattes etc. Je n’ai toujours pas compris comment ça pouvait motiver les gens ! Mon meilleur souvenir a quant à lui été la découverte de la bibliothèque de mon département au moment où je faisais des recherches pour mon mémoire. Je n’en revenais pas de voir le nombre de livres qui traitaient des sujets qui m’intéressaient ! C’était à la fois exaltant et impressionnant.

 

Wax : Quel est le meilleur et le pire souvenir de votre carrière ?

E.P. : Le problème avec la recherche, que les chercheurs vivent au jour le jour, c’est le découragement. Je vous ai fait ce soir en une heure un résumé d’années de recherches, mais il y a bien sûr beaucoup d’échecs et de désillusions. Mais ce qui est sensationnel, c’est quand on découvre quelque chose. Toute ma vie, je me rappellerai ce soir où j’étais chez moi, en train d’étudier des documents, et alors j’ai vu le message se révéler sous mes yeux. C’était comme si Dieu me disait « je sais que je parle hébreu, mais j’essaie de te dire quelque chose ! ». Et alors j’ai eu le sentiment unique d’être le premier au monde à savoir ; j’ai eu le frisson, et ça, ça vaut toutes les désillusions du monde !

 

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