À la rencontre de...

WAX part à la rencontre d'une personnalité, du passé, du présent, et du futur aussi.

Johanna Calderon, à coeur ouvert

Chaque année dans le monde, 1% des bébés nés vivants naissent avec une malformation cardiaque, dont 30% subissent une opération à cœur ouvert. Jusque une vingtaine d'années, ces opérations n'étaient pas possibles, car trop complexes; mais maintenant que l'on peut opérer ces bébés, que deviennent-ils? Comment grandissent-ils? Ont-ils les même capacités que "les autres"? Quels sont les risques? C'est à toutes ces questions que le Dr. Johanna Calderon, lauréate du Prix l'Oréal Pour Les Femmes et la Science essaye de répondre.

Faire des ponts

Johanna Calderon s’intéresse au développement des enfants. Mais pas n’importe lesquels; elle étudie le devenir des enfants opérés à coeur ouvert très tôt dans la vie. Ces opérations ne sont réalisables que depuis quelques années, « donc nous avons peu de référence sur les conséquences de ces opérations car les enfants opérés sont à peine adolescents voire jeunes adultes », explique Johanna, en direct de Boston. En parallèle, elle étudie le développement des bébés nés prématurément. De la petite enfance à l’adolescence, elle se penche sur leur capacités cognitives, leur comportement, bref tout ce qui a attrait à la plasticité cérébrale  et tente de faire le lien entre opération/naissance prématurée, et développement du cerveau.

Pour ces études, la Fondation L’Oréal lui donne « un énorme coup de pouce », qui lui permet de construire un pont entre l’Inserm U1153, l’Hopital Necker à Paris, où Johanna a fait sa thèse, le Boston Children’s Hospital et la Harvard Medical School à Boston. Le but? Monter un partenariat international entre les trois entités, pour mieux comprendre les facteurs de risque liés aux opérations. En effet, pendant sa thèse, Johanna a montré que les opérations à coeur ouvert tôt pouvait induire des problèmes d’hyper activité et d’apprentissage ; mais ces problèmes ne sont-ils liés qu’à la malformation de naissance, ou l’opération aggrave-t-elle les choses? Johanna s’est donné 2 ans pour tenter d’en savoir plus. Mais comment on en arrive là?

L’envie d’aller plus loin

Le parcours n’a pas été linéaire! Née colombienne, elle s’intéresse tôt à la biologie et au développement de l’enfant, et passe son Bac S très jeune. « Ça n’est pas forcément un avantage », car en effet difficile de trouver une orientation à 16 ans. Alors Johanna fait une année de faculté de droit « il fallait bien tenter… » mais se rend vite compte de l’attrait pour l’étude des enfants était trop fort. Avec le souhait de mieux comprendre les enfants, sans pour autant faire médecine, Johanna se lance dans un parcours de psychologie en France. En master (4ème année post bac) elle choisit le parcours orienté vers la recherche, où elle suivra une solide formation en statistiques, méthodes et outils pour conduire un projet de recherche. Sa spécialisation? « Neuropsychologie pédiatrique », c’est à dire comprendre les relations entre le développement du cerveau, apprentissages et comportement, chez les enfants.

Lors de son stage clinique à l’Hopital Necker où elle s’occupe d’enfants opérés très tôt, elle ressent l’envie « d’aller plus loin » que de décrire, ou constater. Elle veut comprendre et identifier les problèmes. Elle décide de poursuivre en thèse, et vous connaissez déjà la suite.

CALDERON_Johanna

Filles et garçons inégaux devant la maladie

On vous a déjà offert une petite vidéo sur les biais de genre dans la recherche, et du coup on a posé la question à Johanna: « Et les conséquences sont les mêmes pour les bébés filles ou garçons? » En réalité, 66% des enfants nés avec des malformations cardiaques graves sont des garçons, donc il existe déjà un déséquilibre au niveau des enfants qu’elle étudie. Elle remarque aussi que les conséquences neurologiques des opérations « sembleraient » plus importantes pour les garçons que pour les filles. Voilà un nouveau cas concrêt dans lequel il est tellement important de faire la différence entre les deux, pour pouvoir mieux comprendre!

Mais l’inégalité de genre n’est pas la seule dont souffre les bébés; pouvoir opérer si tôt demande des moyens, beaucoup de moyens « il est évident que ce déséquilibre social, et démographique réserve l’opération aux pays développés »; mais il existe différentes associations comme celle de Mécénat Chirurgie Cardiaque qui collecte des fonds pour permettre à des enfants de pays en développement de venir se faire opérer là où les ressources sont présentes. Johanna est pleine d’espoir, et elle fait aussi partie des nôtres.

L’heure des questions WAX

Tes trois mots pour la science: Persévérance – Passion – Ténacité

Ton métier si tu n’avais pas été scientifique: Violoniste; j’adore le violon mais c’est tellement difficile!

Le site sur lequel tu passes trop de temps: .. Facebook, et Twitter  @johannamcp1 (Johanna Calderon)

Le pire stéréotype que tu aies vécu: En France les gens pensent encore que le neuropsychologie pédiatrique, c’est pas de la science. Mais on a des méthodes, des outils d’imagerie de pointe, des contrôles, bref c’est une vraie discipline scientifique. Encore un stéréotype à briser!

Un grand merci à Johanna qui s’est levée un Samedi pour l’interview en direct de Boston !

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