L’envol de l’escargot

Même s'il ne se déplace pas dans les airs, l'escargot de mer Limacina helicina a adopté une manière de nager qui ressemble à s'y méprendre au vol de cette petite mouche, la drosophile. Jamais ce petit escargot marin n'a autant mérité son surnom de "papillon des mers".

« Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage prennent des Limacina, petits gastéropodes des mers, qui suivent, plutôt lents compagnons de voyage, le navire glissant sur les gouffres amers… » En effet, vous ne le soupçonniez peut-être pas, mais certains escargots sont capables de voler, ou presque.

Ce n'est ni un avion, ni un oiseau... Peut-être Superman, allez savoir. (Flickr)

Ce n’est ni un avion, ni un oiseau… Peut-être Superman, allez savoir. (Flickr)

Certains petits malins devaient s’en douter, car Limacina helicina porte aussi le surnom de « papillon des mers ». Minuscule, la créature appartient au groupe du zooplancton, mais dès sa première description, en 1774, les scientifiques avaient remarqué la particularité de l’escargot : son pied a évolué pour former deux nageoires, ressemblant à des ailes, qui lui servent à se déplacer dans l’eau.

Il aura cependant fallu attendre jusqu’à aujourd’hui pour qu’une équipe prouve que l’escargot méritait bien son titre de « papillon ».

La drosophile marine

Quand un animal de quelques millimètres de diamètre bouge sur près de 100 mm par seconde, difficile d’observer ses mouvements. Aussi, les membres de l’équipe du chercheur David Murphy au Georgia Institute of Technology ont dû faire appel à des caméras haute-vitesse, des lasers et des microparticules réfléchissantes pour observer le « vol » de L. helicina dans ses moindres détails. Et pour en percer le secret.

« Les escargots – comme les drosophiles – frappent leurs ailes ensemble au sommet d’un battement avant de les écarter, » a expliqué David Murphy  dans un communiqué, « ce qui aspire du fluide dans l’espace en V entre les ailes pour créer des tourbillons de faible pression au bout des ailes, ce qui génère de la portance. »

Séparément, la drosophile ou mouche alimentaire, et ce gastéropode marin ont appris à se déplacer de la même manière, en adoptant exactement le même mouvement. Les deux animaux sont soumis à peu près à la même contrainte : se déplacer rapidement en bougeant un corps assez léger dans un fluide. Le « hasard » de l’évolution les a donc poussés vers un mécanisme de vol similaire, grâce à un battement de leurs ailes dessinant un 8.

Car oui, nager c’est un peu comme voler. Dans les deux cas, les individus secouent leur membre d’une façon donnée pour « s’appuyer sur » le fluide qui les entoure. Même si vous ne le voyez pas, chacun de vos mouvements déplacent l’air autour de vous. D’ailleurs, les flux d’air autour des ailes des drosophiles en vol n’ayant pas encore pu être modélisés avec précision, les chercheurs du Georgia Institute of Technology espèrent bien que leurs travaux pourront ouvrir cette voie.

Le plus simple serait peut-être de concevoir de petites combinaisons de plongée adaptées aux mouches pour les étudier dans un aquarium, comme les escargots… Bon, je vous laisse, j’ai un sujet de thèse à faire financer.

 

 

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