Un labo qui décoiffe!

Quel est le lien entre le paquebot Norwegian Epic, l’équipe de ski française de 1968 et le futur bâtiment de l’ENS ? Réponse : ils sont tous passés par le Laboratoire d’Aérodynamique Eiffel.

A l’occasion de l’initiative Paris Face Cachée, ce lieu insolite et unique en son genre a été ouvert au public toujours en recherche du petit truc « underground-hipster-tropstylé » dissimulé dans Paris afin d’alimenter les discussions du brunch végétarien dominical entre amis. A défaut d’assister à un concert de rock alternatif au fond d’une cave décorée par les membres marginalisés d’un obscur mouvement de street art, mon chemin s’est arrêté au Laboratoire d’Aérodynamique Eiffel dans le 16ème arrondissement.

Vu de l’extérieur, il s’agit d’un bâtiment cossu classique du village d’Auteuil mais, une fois passé le pas de la porte, on se rend compte tout de suite qu’il s’agit d’un lieu empreint d’histoire… scientifique ! En effet, le lieu ne porte pas le nom du célèbre ingénieur Français pour des raisons marketing ; c’est là que l’industriel a choisi d’installer dans ce qui n’était à l’époque qu’une bourgade sans électricité à l’ouest de Paris l’une des premières souffleries au monde en 1912 ! Et quel étonnement de découvrir que cet ouvrage précurseur de son époque est toujours utilisé aujourd’hui pour faire des études ! Car oui, il s’agit bien là d’un monument historique vivant…

 

Les coulisses de la soufflerie

Les coulisses de la soufflerie

 

Cette soufflerie à « circuit ouvert » qui est en réalité un aspirateur géant (pour limiter les turbulences d’air), est entièrement en bois – le comble pour un constructeur qui a démontré son génie dans les structures métalliques. A part le moteur et la toile de lin qui tapisse la soufflerie, toutes les pièces sont d’origine. Le ventilateur mesure 4m de diamètre, pèse 7 tonnes et peut tourner à 280tours/min pour produire un vent à 100km/h, le tout de manière très silencieuse.

Ce fut une véritable révolution : après avoir étudié l’aérodynamique aux pieds de sa célèbre Tour sur le champ de Mars sur des corps simples (plaques, sphères, etc.) avec outil appelé « Appareil de Chute », Gustave reçoit la visite d’inventeurs fous lui demandant de concevoir un appareil qui leur permettra d’étudier des appareils volants plus lourds que l’air. C’est donc ici que les premiers aviateurs sont venus tester leurs prototypes de machines volantes. Et ce n’était pas gagné ! En effet, Gustave Eiffel a eu du mal à faire reconnaitre ses travaux sur l’aérodynamique car il n’était « qu’un » ingénieur et pas un scientifique académique ! Eh oui, l’homme qui a conçu la Statue de la Liberté fut lui aussi victime des stéréotypes dans la science il y a un peu plus de 100 ans…

Test d'un modèle réduit de dirigeable

Test d’un modèle réduit de dirigeable

 

L’équipe de 4 personnes qui travaille encore aujourd’hui dans ce lieu à mi-chemin entre le musée et le laboratoire de recherche réalise les maquettes, effectue les mesures et analyse les résultats. Ils interagissent au moment de la conception avec des architectes, des ingénieurs, etc. dans des applications très vastes, et le palmarès du laboratoire depuis sa création est étonnant :
– l’automobile pour la pénétration dans l’air : la flèche d’Argent de Renault – record du monde de vitesse en 1956, les Porches 91 vainqueurs des 24 Heures du Mans dans les années 70 ou les meilleures voitures de Rallye sont passées par le laboratoire !
– le bâtiment pour étudier leur résistance au vent
– l’aérodynamique et aéraulique industrielle, c’est-à-dire la circulation et le contrôle des flux d’air au sein de l’usine et à l’extérieur pour étudier la dispersion des fumées par exemple

Test de la partie avant d'une voiture de rallye

Test de la partie avant d’une voiture de rallye

 

Et bien d’autres domaines : les éoliennes, l’aéronautique, les grues, la pénétration dans l’air des skieurs ou des cyclistes qui leur permet de savoir quelle position minimise les frottements et augmente donc leur vitesse de descente, etc.
Bref, l’aérodynamique est une science fascinante dont l’un des plus grands contributeurs était un ingénieur français (cocorico) qui nous a légué un outil remarquable préservé en plein Paris et qui témoigne de notre patrimoine scientifique loin de s’essouffler !
Le site –> http://www.aerodynamiqueeiffel.fr/index.php

Pour l’anecdote : Gustave Eiffel a changé son patronyme en 1880. A quelques années près, le symbole de Paris se serait peut-être appelé « La Tour Bönickhausen » ..!

 

Article proposé et rédigé par Manuuuuue

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