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Paquebot et harmonica

Lors du Festival Littéraire Hors Limites, l'auteure Valentine Goby lit un extrait de son roman Un paquebot dans les arbres. Elle y interroge notamment les liens entre histoire, sociologie et médecine.

A l’occasion du Festival littéraire Hors Limites, une journée de rencontres a été organisée autour de l’oeuvre de Valentine Goby. Quatre bibliothèques et médiathèques de Seine-Saint-Denis l’ont accueilli pour découvrir et discuter ses textes. L’une des rencontres retient particulièrement mon attention. Valentine Goby lit des extraits de son roman Un paquebot dans les arbres. Elle est accompagnée d’un harmoniciste. C’est à la bibliothèque de Saint-Denis à midi.

Un paquebot dans les arbres

Le roman raconte l’histoire de Mathilde et de sa famille pendant cette période communément appelé les “Trente Glorieuses”. Ses parents sont issus d’un milieu modeste, ils sont cafetiers à La Roche-Guyon. Le père, Paul Blanc, est mélomane, joue très bien de l’harmonica mais tousse beaucoup. Mathilde ne comprend pas bien sa maladie, elle entend des termes “bacilles”, “état bacillaire”. Pour rappel, les bacilles constituent des bactéries de forme allongée « en bâtonnet ». La tuberculose est une maladie infectieuse du poumon liée à la Mycobacterium tuberculosis aussi appelé bacille de Koch. Les malades atteints de la tuberculose sont parfois appelés bacillaires.

Dans les années 1950, Paul Blanc est envoyé dans le sanatorium d’Aincourt car son poumon est malade. Les sanatoriums construits dans les années 1930 sont aussi appelés “paquebots” en raison de leur forme. Le roman de Valentine Goby retrace progressivement la dépossession de la famille de Mathilde, marquée par la maladie et la mort de son père atteint de la tuberculose. A cette époque, les “tubards” comme on les désigne sont perçus comme des pestiférés.

Les Trente Glorieuses ? Pas pour tout le monde.

Le roman de Valentine Goby montre qu’il y a une asynchronie entre l’apparition des soins et leurs utilisations par la population. Malgré la mise en place du vaccin BCG (bilié de Calmette et Guérin) contre la tuberculose et la découverte de la pénicilline en 1928,  Paul Blanc ne parvient pas à se soigner.

La pénicilline constitue une toxine permettant de tuer les bactéries infectieuses et notamment le bacille responsable de la tuberculose.  Celle-ci est distribuée en faible quantité pendant la Seconde Guerre Mondiale, elle est plus largement produite à partir de 1945. La découverte de la pénicilline en 1928 n’a pas donné lieu à sa mise en circulation immédiate.

Valentine Goby montre ainsi les écarts qui existent entre les progrès de la médecine et les connaissances réelles de la population mais aussi entre la promulgation d’une loi et son application effective. Au travers du personnage de Paul Blanc, l’auteure raconte l’Histoire méconnue de milliers de personnes atteintes de la tuberculose en France. En effet, beaucoup ne sont pas parvenus à se soigner pendant les Trente Glorieuses malgré la mise en place de la Sécurité Sociale, montrant ainsi que la médecine constitue un objet éminemment social.

Aborder le soin comme enjeu social grâce au roman

Le roman montre que la médecine et son application sont tributaires d’enjeux architecturaux, historiques et sociaux, enjeux qui sont aussi abordés dans cet article sur le site. De telle sorte que le soin constitue un enjeu social à penser de manière diachronique et synchronique. Sur le temps long, les maladies sont traitées dans des environnements qui changent comme le montre l’exemple du sanatorium d’Aincourt. L’existence de certains soins est possible grâce à la Sécurité Sociale et à un contexte politique qui est favorable. Mais au sein même d’une période donnée, l’accès aux soins est traversé par des dynamiques de classe puisqu’une partie de la population ne peuvent en bénéficier.

Historienne de formation, Valentine Goby saisit la singularité des expériences individuelles tout en fournissant un arrière-plan historique très documenté. Dans son roman, l’auteure fait un travail rappelant la microhistoire. Elle s’intéresse à des trajectoires individuelles et familiales pour aborder des problématiques sociales plus larges. Ainsi, c’est le récit de l’histoire familiale de Mathilde qui permet d’aborder les changements structurelles de la société et les pratiques effectives de la population. La médecine constitue les moyens mis en oeuvre pour la guérison, la prévention ou le soulagement des maladies. L’histoire familiale de Mathilde invite à interroger les conditions historiques et sociales de son accès.

NB : Un paquebot dans les arbres part d’une véritable lettre. Mathilde écrit son histoire à Valentine Goby. Cette lettre donne lieu à une  rencontre entre Mathilde et l’écrivain puis à une mise en récit de ce témoignage. Mathilde est présente dans le public le 25 mars.

Illustrations : Anne Lathis

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